lundi 14 novembre 2016

Eloge du dérapage

     Les mots, sources de maux, méritent la vigilance. 
     Dans le vocabulaire branché de la novlangue, celle du totalitarisme médiatique, « dérapage » est passé au stade de l’emploi commun comme arme de censure.  
     Retour sur ce concept très prisé de la mediasphère. 

    Initialement terme de marine, le mot « dérapage » évoquait une ancre qui mouillée, se détache du fond, et provoque ainsi la dérive du navire (cf. « Déraper : Détacher ou se détacher du fond, en parlant d’une ancre » - Dictionnaire complet illustré Larousse 1901-) 
    Par analogie, le mot s’est aussi appliqué au XXème siècle à des roues glissant latéralement par défaut d’adhérence. 
     Puis, s’est ajouté un sens figuré s’appliquant à des concepts (« dérapage des prix») ou des formes d’expression, lorsqu’elles s’écartent d’une norme. 

    Depuis quelques années, dans les sphères politique et médiatique, le terme s’est imposé, pour désigner tout écart à la doxa d’une bien pensance. Compensant une pauvreté du vocabulaire et de raisonnement, il offre l’avantage d’une arme redoutable aux mains de nouveaux inquisiteurs. 

    Toute idée ou expression émise dans le champ public et s’écartant un tant soit peu de la pensée unique devient un « dérapage ». L’auteur ainsi livré à l’opprobre publique a le choix entre assumer son opinion mais se voir alors inscrit à la liste noire des « racistes », « fascistes », « islamophobes »… ou bien confesser sa faute et se soumettre. 
    Le bûcher ou la confession, l’enfer ou le purgatoire. 

    En ce sens, le « dérapage » doit se lire comme un « péché » d’une religion dont journalistes et intellectuels sont les nouveaux grands prêtres et gardiens de la foi. Si le « dérapage » est assorti du qualificatif « nauséabond », alors c’est sans appel ! Dans ce cas ce péché mortel n’a pas de rédemption. 
    La référence religieuse joue à plein son effet, car qu’on le veuille ou non, même le plus athée trouvera dans un lointain subconscient quelques restes de « morale chrétienne » sensés lui imprimer la honte et le regret. 

    L’actualité fourmille d’exemples de péchés de dérapage dénoncés ex-cathedra par nos inquisiteurs. Retenons à titre d’exemple l’un des plus récents, celui de Jean-Pierre Pernaut sur les migrants. 
    Voici la faute : au JT de 13h de TF1, le présentateur Jean-Pierre Pernaut évoquant l’ouverture d’un centre d’accueil pour migrants fait ce commentaire « Voilà, plus de place pour les sans-abri mais en même temps les centres pour migrants continuent à ouvrir partout en France » 
    Et voici la traduction en novlangue inquisitoriale 
   « Migrants. Jean-Pierre Pernaut dérape dans le lancement d’un sujet » (Ouest-France) 
   « Dérapage de Jean-Pierre Pernaut » (BFMTV) 
   « Jean-Pierre Pernaut dérape et oppose migrants et sans abri » (Sud-Ouest) 
   « Jean-Pierre Pernaut dérape sur les migrants en plein JT » (ladepeche.fr) 
    Tout est dans le titre, car dans les textes, on est bien en peine de trouver une critique argumentée du propos du journaliste. La condamnation suffit. 

   Au péché de dérapage, il y a souvent des récidivistes (donc incurables) au nombre desquels Nadine Morano (« Le dérapage de Nadine Morano sur l’Islam » - le Point 01/08/2016 - « Nadine Morano, nouveau dérapage raciste » - Journal des femmes 25/05/2016, et bien d’autres…), Jean-Marie Le Pen est très bien placé, Donald Trump aussi qui, depuis quelques semaines, bat le record des « dérapages ». 
   Emmanuel Macron n’est pas en reste avec ses « dérapages », sur l’école juive (« Les écoles juives enseignent la Torah plus que les savoirs fondamentaux »), sur les « illettrées du Gad », sur la meilleure façon de se payer un costard (« Face à des militants de la CGT, Emmanuel Macron dérape » - L’Humanité 28/05/2016). 
    Anne Hidalgo « dérape » quant à elle sur Emmanuel Macron selon Closer qui titre le 9 mai 2016, après les propos d’Emmanuel Macron sur Jeanne d’Arc : « «J’en ai rien à battre. » Le dérapage d’Anne Hidalgo sur la visite d’Emmanuel Macron à Orléans ». 
    Pour mémoire on rappellera les propos de Manuel Valls sur les Roms en 2013 qualifié par le Front de Gauche comme « le dérapage inadmissible ». 

   Pour en savoir plus sur des dérapages plus anciens, on pourra se référer à quelques bilans du dérapage réalisés par certains journaux : «L’année de tous les dérapages politiques » - L’Express 27/07/2010, « Le top 10 des dérapages verbaux des politiques » - Le Midi Libre novembre 2013, « Racisme : ces politiques qui dérapent » - Libération 14/11/2013, etc… 

     Rappage et dérapage 
  Nos grands prêtres inquisiteurs veillent à pourfendre le moindre propos leur paraissant blasphématoire au regard de cette nouvelle religion de la bien pensance. Mais cette religion est toute miséricordieuse pour les nouveaux damnés de la terre, lorsque s’exprimant dans le rap, ils vomissent la France, les policiers et les blancs. 
     Ce n’est point déraper que de rapper « Tirer sur les keufs » ou chanter « Je pisse sur la justice et la mère du commissaire », « il faut se défouler sur la flicaille » ou bien « Quand j'vois la France les jambes écartées j'l'encule sans huile », ou encore « : «Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent, coupe-leur le pénis, laisse-les morts sur le périph»… 
    Point de dérapage dans leurs propos, point de condamnation. Même les juges s’avèrent souvent cléments, reconnaissant une large liberté d’expression à « un genre musical connu pour une certaine forme d’outrance ». 

    Le vrai dérapage, celui que l’on pourfend dans les médias ou les réseaux sociaux, est celui qui dévie de la ligne « droite » de la norme bien pensante. En fait le mot « droite » étant lui-même blasphémateur, il faudrait écrire « qui dévie de la ligne « gauche » ». Mais rester sur la ligne « droite » et ne pas dévier sur la ligne « gauche », ne serait-ce point tenir le vrai discours ? De là on peut se demander si, parfois du moins, derrière les « dérapages » ne se cachent pas tout bonnement des vérités, mais des vérités inaudibles pour les tenants du prêt-à penser politiquement correct. 

    L’odeur de soufre du péché de dérapage devient du coup séduisante. On se prend à penser que derrière le « dérapage nauséabond » peut se cacher une odeur de bon sens.   

     Et quand bien même le « dérapage » dénoncé serait justifié, il reste le plaisir de croquer la pomme, de s’adonner au péché et de « niquer » nos grands prêtres inquisiteurs.

dimanche 21 juin 2015

"Islamophobie" : refuser le terrorisme intellectuel de l'islamofolie

Qu’on le veuille ou non, nous sommes entrés depuis une vingtaine d’années dans un conflit avec un terrorisme fondamentaliste, ou plutôt ce terrorisme est venu nous frapper de plein fouet.
Non pas un « conflit des civilisations » comme l’entend Samuel Huntington (essai paru en 1996), mais à tout le moins, un affrontement entre deux visions de l’organisation de la société, du droit de la femme, du libre arbitre de l’individu. L’exemple de l’organisation sociale sous le régime des talibans en Afghanistan ou celle qui prévaut actuellement en Syrie et en Irak, dans les territoires occupés par l’Etat Islamique, se passe de commentaires. Sommes-nous prêts à basculer dans un monde où la crucifixion, la décapitation des mal pensants, le mariage forcé des fillettes, la vente des femmes sur les marchés publics, l’interdiction de la musique, sont le lot de tous les jours. Et qu’on ne nous dise pas que ce sont des fantasmes, que cela n’est que l’œuvre d’une poignée de fous, que nous sommes loin de tout ça. Une poignée ?… qui s’impose en Syrie et en Irak, en Afghanistan,  au Yémen, au Pakistan, en Libye, au Mali, au Soudan, au Nigéria…Loin de nous ?  Loin de nous, l’attaque de Charlie Hebdo, en plein cœur de Paris ?
Bien sûr beaucoup en ont conscience, en France, en Europe, dans le Monde. Mais le dire et surtout s’interroger sur le rapport avec l’islam – et pire encore si l’on est soi-même musulman -  vous vaut à l’instant l’accusation infamante d’ « islamophobie ». Beaucoup de politiques, élections obligent, y renoncent, la tête basse.
C'est ce que notent quelques (rares) observateurs lucides qui, à l'instar de Thibault de Montbrial, dénoncent "la très habile utilisation du concept intimidant d'islamophobie par tous ceux qui souhaitent interdire un débat sur les conditions de l'intégration de l'Islam en France".

Il convient d’en rester au « religieusement correct » et ne pas « chatouiller la fatwa » comme l’a dit un jour le chercheur du CNRS Olivier Roy, dans une interview à Libération. Il y minimisait alors les actes terroristes : « S'il y a bien un risque sécuritaire, il reste limité et se réduit à un problème de police. », enchainant « On voit au contraire se multiplier des attaques polémiques contre l'islam souvent ignorantes et qui frisent parfois l'imbécillité. Certains jouent délibérément à chatouiller la fatwa. La provocation est certes une vieille tradition française depuis les anars jusqu'aux situationnistes en passant par les surréalistes ; mais il ne faut pas ensuite s'étonner des réactions qu'elles peuvent déchaîner... »
On a compris que le danger majeur pour Olivier Roy c’était l’islamophobie et non la vague fondamentaliste terroriste. Mais il est vrai que l’interview date de 2006 et on pourrait raisonnablement penser qu'il a fait depuis son auto-critique !

Que des jeunes français fanatisés par des fondamentalistes via internet se retrouvent en Syrie en position d’égorgeurs…à qui la faute ? Une chercheuse du CNRS d’Aix en Provence, spécialiste du monde arabo-musulman explique : «Ils le font par désespoir, pour être quelqu'un, se construire un avenir là où il n'y en a pas, ou, tout au moins, là où ils ne parviennent plus à s'en imaginer un. Plutôt que de stigmatiser ces adolescents, il faut leur donner confiance en eux, dans une école bienveillante, qui ne se braque pas contre son environnement, son quartier. » (citée par Jean-Paul BRIGHELLI « La défaite de la laïcité »)

Ce discours de culpabilisation de la part des "islamofols" est d’une gravité extrême car il légitime la révolte. Quand on ressasse à des populations immigrées en perte de repères que tout le mal vient des « souchiens » (selon l’expression des Indigènes de la république pour qualifier les français de lointaine origine), des affreux colonialistes et racistes qui ont exploité leurs pères, qu’eux-mêmes n’ont aucun avenir dans une société qui les rejette, on nourrit la haine et la révolte.
Ils sont mûrs alors pour puiser, dans une lecture littérale du Coran, un semblant de justifications à la nécessaire violence contre les « mécréants »
 « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés… Sourate 5, verset 33

«  Donc, si tu les maîtrises à la guerre (les infidèles), inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux soient effarouchés. Afin qu’ils se souviennent » Sourate 7 verset 57

Qu’il y ait des cas de racismes envers des populations immigrées, c’est évidemment à déplorer, que le déracinement de familles soit un drame, ça n’est pas niable, qu’existe parfois, dans certaines sphères, un vieux fond de racisme anti-arabe (à ne pas confondre avec anti-musulman !), c’est malheureusement un constat ; mais de grâce qu’on tienne au moins parfois un discours de responsabilité et de véritable intégration. Que l’on puisse également aborder en toute sérénité un débat sur la lapidation, l’apostasie, l’interdiction religieuse pour les femmes musulmanes d’épouser un non musulman, l’égalité des sexes… pour ne pas  évoquer l’enfermement de la femme dans le port du niqab, un vêtement- grillage qui  n’a même pas de fondement religieux, mais qui joue parfaitement son rôle de drapeau !

« L’islamophobie, cheval de Troie des salafistes »
Le constat est de Manuel Valls lui-même.  Empêcher toute expression critique, stigmatiser toute interrogation sur l’Islam en hurlant à l’  « islamophobie » et ainsi légitimer les extrémistes radicaux, c’est évidemment le but des fondamentalistes
Faut-il pour autant que certaines « bonnes âmes » au mieux naïves, au pire sciemment complices, leur facilitent la tâche ?
S’il y a bien en France un « Observatoire de l’islamophobie », un Observatoire des atteintes aux chrétiens d’Orient (ou d’Afrique), aurait, sans doute hélas, la tache bien plus lourde. 

Le concept d’islamophobie semble taillé sur mesure pour interdire toute critique de l’islam, conférant ainsi un statut particulier, hors du commun, à une entité, une « espèce protégée » en quelque sorte.
Cette conception d’ « espèce protégée » (de toute critique) n’est pas nouvelle.
On  relira ce qu’en disait Beaumarchais…il y a plus de 200 ans !  « … auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. […] Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours […] je lui dirais … que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits…. » (Beaumarchais « le Mariage du Figaro » Acte V, scène 3 – 1778-)
L’islamophobie, invoquée à tort et à travers, amalgame « actes violents » (condamnables évidemment) et déclarations, écrits, caricatures qui bien souvent relèvent de simples polémiques, fussent-elles grinçantes (de Robert Redeker à Charlie Hebdo, en passant par Michel Houellebecq et bien quelques autres…) On trouve pire à l’encontre des français (racistes, colonialistes, xénophobes…), des « sionistes »,  des américains…
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ; il faut savoir appeler un chat un chat et non tout confondre dans la nébuleuse « islamophobie ».
Que  l’on parle d’ « actes violents » à l’encontre de la religion musulmane (tags sur les murs, cimetières profanés, incendies,…), d’agressions physiques, d’écrits ou propos injurieux, ou d’appels explicites à la violence, oui, évidemment ; mais ne rentrent pas dans ces catégories, les critiques contre l’Islam en tant que religion ou en tant que norme de vie, ni les caricatures de comportement.

En pratiquant l’amalgame, le concept d’islamophobie perd de sa légitimité. Sans doute, un jour, épuisé, éculé, inefficace, ira –t-il rejoindre ce vieux concept d’ «anti-communisme primaire » qui a eu son heure de gloire, à cette époque où toute critique du « communisme » était vouée aux gémonies.

Que l’on se souvienne de l’excuse de Jean-Paul Sartre, se refusant à toute critique du communisme « pour ne pas désespérer Billancourt » ! L’historien Emmanuel Todd nous ressort sans complexe exactement la même rengaine « L’Islam est devenu le support des immigrés de banlieue dépourvus de travail. Blasphémer l’Islam, c’est humilier les faibles de la société que sont ces immigrants ». On l’a compris il ne faut pas désespérer le 93. En notant au passage qu’assimiler musulmans à immigrés de banlieue, c’est oublié un peu vite, leurs richissimes « frères » du Golfe …Et quel mépris pour ces musulmans de banlieue, sensés rester enfermés dans le carcan pseudo-religieux le plus extrémiste et le plus éloigné des « Lumières ».

En définitive, ne soyons pas dupés par les incantations fumeuses destinées avant tout à museler l’expression libre. Apprenons à distinguer la dénonciation justifiée de violences racistes à  l’encontre d’individus et le muselage grossier de toute critique à l’encontre d’une religion. En fait le piège est si grossier qu’il se décèle à l’évidence…pour peu que l’on dispose d’un brin de raison et d’esprit critique.
Mieux vaut garder sa vigilance à l’encontre des actes réels de violence à l’égard de toute communauté, sans privilège particulier.

samedi 24 janvier 2015

"Je pars pour la Syrie"


« Je pars pour la Syrie », ces propos d’un agriculteur aveyronnais, adressés par téléphone à sa femme auraient été interceptés par la DGSI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur). La Gendarmerie locale interpelle sur la route le supposé candidat au Jihad, découvre dans sa camionnette un couteau Laguiole, une hachette, un fusil de chasse, des plombs, de l’engrais…
En réalité, le brave agriculteur avait dit à sa femme « Je pars pour la scierie ».

L’histoire rapportée par le journal « La Dèche du Midi », se répand très vite sur Twitter et est reprise par des quotidiens.
Sauf que tout simplement l’histoire est fausse, elle ne relève ni de la paranoïa, ni de l’intox, ni de la désinformation, mais simplement d'un excellent humour journalistique.

On aimerait que ce genre d'humour puisse régler, une bonne fois pour toutes, les rumeurs bien plus pernicieuses qui circulent sur le net, à destination de lecteurs fragiles et qui souvent en redemandent.

C’est faire beaucoup d’honneur à Thierry Meyssan que de citer sa paranoïa conspirationniste, mais c’est vrai qu’il a très vite (trop vite ?) contesté le rôle des islamistes dans la tuerie de Charlie Hebdo (cf. l’article « Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo ? »), concluant son article par « ses commanditaires les plus probables sont à Washington. ».

Concernant les fausses rumeurs sur le web, citons cet article du journal 20minutes  « VIDEO. Attaque à «Charlie Hebdo»: Les fausses informations envahissent le web » http://www.20minutes.fr/societe/1513339-20150109-video-attaque-charlie-hebdo-fausses-informations-envahissent-web

 Un bon antidote à la désinformation.

mardi 20 janvier 2015

La liberté d'expression sous tirs croisés

Museler le droit d’expression est un échec total de la raison. Il traduit l’incapacité de débattre et de convaincre. Il oppose totalitarisme, ignorance, barbarie …  à l’intelligence, à la démocratie, à la liberté.
Deux méthodes prédominent dans la panoplie du petit totalitaire :
-          La plus radicale et la plus violente est celle de la kalachnikov : tuer pour faire taire. C’est ce qu’ont tenté les terroristes dans l’attaque sauvage et démente de Charlie Hebdo et l’exécution froide d’une grande partie de l’équipe. « Tenté » et non « réussi » car s’ils ont tué, ils n’ont pas fait taire…
-          L’autre, propre sur elle, non sanglante, mais plus insidieuse et sans doute bien plus efficace est la tétanisation de l’individu par sa culpabilisation.  En la matière, certains intellectuels, des journalistes, des hommes politiques jouent avec complaisance et  en toute conscience, le rôle d’  « idiots utiles ». Une poignée de chercheurs en ont même fait leur fond de commerce médiatique.
Des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo sont morts sous les balles de barbares, mais ils revivent dans les esprits et leur combat ne peut dorénavant que s’amplifier. C’est le pire des échecs pour les tueurs. Ils ont crié « nous avons tué Charlie Hebdo ». Charlie Hebdo revit.
Les victimes de la tétanisation des esprits auront bien plus de mal à s’en guérir. Quand de doctes esprits nous affirment que l’attentat contre Charlie Hebdo n’a rien à voir avec l’Islam ! Ce qui est bien évidemment faux, mais il est vrai que politiquement, c’est « indicible ».
« Indicible », voilà le mot qui traduit bien l’interdit de dire. Paradoxalement, si l’expression s’est libérée dans les proportions les plus sauvages sur internet, elle s’est progressivement muselée dans les sphères médiatiques et politiques. La régression est totale, appuyée parfois sur un arsenal législatif qui condamne tout « dérapage » par rapport à la « bien pensance ».
 « Stigmatisation », « islamophobie », « dérapage », « repentance »,   sont les maîtres mots de ce muselage de l’expression. Ils sont nouveaux et à la mode ; on aurait peine à en trouver dans les discours et débats du siècle dernier. Bien que visant pour une grande partie à prétendre protéger l’islam, ils ont curieusement un vieux relent de christianisme, où le « péché » (celui de dire quelque chose qui est mal) peut dériver sur l’inquisition,  avec l’alibi hypocrite de la bien pensance.
La « culpabilisation », souvent appuyée sur des rappels obsessionnels au passé  (esclavage, colonialisme..) est sans doute l’arme la plus redoutable, dans une société fortement marquée par son passé judéo-chrétien.
Face aux nouveaux « inquisiteurs », il faut refuser le piège et rejeter, dans leur galimatias accusatoire,  les propos qui n’ont d’autre but que de tétaniser l’esprit critique.

Les kalachnikovs n’ont pas tué Charlie Hebdo, la néo-inquisition de la bien pensance ne tuera pas l’expression libre.

dimanche 11 janvier 2015

Charlie Hebdo et l'Islam

Les musulmans sont-ils concernés par les attentats et crimes commis au nom de leur dieu Allah et de son prophète Mouhamad ?
Les références systématiques à la religion musulmane et au Coran, l’invocation à Allah et au  Prophète émises par ces fanatiques fondamentalistes, interpelle les musulmans.
Les tueurs de Charlie Hebdo ne s’en sont pris que « par ricochet » à la liberté d’expression. Leur but était avant tout de « venger le prophète » (ce qu’ils ont crié d’ailleurs). On est à l’évidence dans une justification « religieuse ». Même perverti, le fait est religieux.
En ce sens l’acte ne peut qu’interpeller tout croyant de quelque religion qu’il soit. Bien sûr les musulmans ne peuvent que se sentir concernés en premier, puisque c’est de cette communauté que sont issus et que se revendiquent les tueurs.
On pourrait ignorer une marginalité infime, des actions isolées, œuvre d’une poignée de fanatiques qui ne représentent rien.
Ca n’est absolument pas le cas. Le mouvement fondamentaliste violent mobilise massivement dans le monde et pas simplement dans les pays musulmans. Certains mouvements sont même en situation de conquérir le pouvoir ou du moins tiennent déjà de larges portions de territoire à travers le monde, en Syrie et en Irak, en Afghanistan,  au Yemen, au Pakistan, au Soudan, en Algérie, en Lybie, au Mali, au Nigéria…
Même s’il est politiquement incorrect de le dire, ces mouvements recueillent une  sympathie parfois non dissimulée chez certains jeunes issus de l’émigration maghrébine ou d’une récente conversion à l’islam. Il suffit de voir les témoignages de professeurs confrontés à des élèves qui refusent que l’on parle de la Shoah, qui affichent leur sympathie pour les tueurs islamistes, qui refusent la minute de silence nationale… et  à la marge signent des tweets « je suis Kaouchi ».
Le frère du policier Ahmed Merabet, tué dans l’attaque de Charlie Hebdo, a ciblé sa mise en garde contre les racistes et le danger de l’amalgame et de l’islamophobie. Certes, et l’on comprend sa douleur et ses craintes, mais pourquoi n’a-t-il pas mis aussi en garde les familles musulmanes contre l’actuelle dérive djihadiste de quelques jeunes …Un danger d’une toute autre ampleur !
Les musulmans constituent une communauté mondiale (Oumma). Qu’elle le veuille ou non, cette communauté est impactée. Il est impossible de se voiler la face.
Les musulmans signataires du mouvement « not in my name », l’ont fort intelligemment compris, écoeurés de voir la religion qu’ils pratiquent et qu’ils veulent pacifiste, instrumentalisée à des fins criminelles.
Notons aussi cette déclaration d’un élu musulman d’Angers, après l’attentat contre Charlie Hebdo "Les auteurs sont bien des gens issus de chez nous. Dès lors, nous devons nous interroger et nous poser les bonnes questions."
Comment des responsables français, des médias ou de la politique peuvent-ils en revanche nier tout lien entre les actions terroristes islamiques et l’Islam ? sauf à pratiquer la pire des politiques, celle de la « soumission » au politiquement correct et à une unité de façade.

Est-il légitime de demander des comptes aux musulmans à propos des dérives terroristes menées en leur nom ?
Le débat s’est ouvert récemment sur le sujet, certains assimilant à de l’islamophobie le questionnement des musulmans sur le problème du terrorisme islamique. A quoi faut-il alors assimiler le questionnement des français sur la traite des noirs effectués par une poignée de leurs lointains ancêtres sur les ports de l’Atlantique.
Un questionnement est légitime, comme est légitime le questionnement des dérives d’autres religions (le Pape François l’a compris qui a enfin osé ouvrir le dossier de la pédophilie dans l’Eglise). Les catholiques ont matière à s’interroger sur l’horreur de l’Inquisition, la Saint-Barthélémy, l’extermination des indiens d’Amérique…
Evidemment il faut bien avoir conscience qu’un tel questionnement ouvre la boite de Pandore de biens d’autres interrogations : les rapports de l’islam (initial) et de la violence, la contradiction des versets pacifiques de La Mecque et les versets violents de Médine, le statut « intangible » du Coran, la non condamnation de l’apostasie, les rapports avec la démocratie, la conception d’un Islam moderne pacifique et respectueux de l’humour et de la critique .

Aider les musulmans dans ce sens relève plutôt de l’islamophilie. Et jetons une bonne fois pour toute aux poubelles de l’histoire ce concept fourre-tout et discriminant d’islamophobie qui refuse toute expression critique.

En définitive les musulmans auront beaucoup à gagner à se « poser les bonnes questions ».

samedi 10 janvier 2015

Les sans plomb


C’est un joli garage, en sortie du village, près de l’Intermarché. Ses bureaux clinquants neufs et son hall de travail attirent le regard. En bord de route, la file des voitures d’occasion alignées sur le parking, attendent le client.
François  y est chef d’atelier. On le dit « gentil », prévenant avec les clients, souple avec les employés, bref un profil lisse, sans histoire.
Sa compagne Ségolène y est secrétaire comptable et même un peu plus … car on dit qu’en réalité, cette maîtresse femme à belle allure est la véritable patronne du garage. Et c’est vrai qu’elle se donne avec bravitude à son travail, tout en gérant, matin et soir à la maison, les 4 enfants qu’elle tient de François.
Ce qu’elle ignore, Ségolène, elle qui ne rêve que de mariage, c’est que son François a dans la tête des projets où elle n’a aucunement sa place.
Depuis quelques mois, François n’a d’yeux que pour Valérie, la pimpante attachée commerciale, recrutée comme stagiaire au garage, puis récemment titularisée … sur proposition de François, un bon CDI dans la poche.
Ils se voient en cachette. Dans les nids d’amour de l’arrière-garage, alors que Ségolène est déjà à la maison, prépare le repas et s’occupe des enfants, ils construisent leur projet à tous les deux. Il sera le patron du garage et elle sa compagne. Valérie, silencieuse, imagine bien une légère variante, il sera le propriétaire et elle sera la « directrice ».
Quand vient l’annonce du départ à la retraite du patron et son retrait des affaires, les choses se précipitent, François reprend l’affaire, et, violentant pour une fois sa nature indécise, il signifie froidement à Ségolène que le temps de la rupture est arrivé.  
Valérie est intronisée compagne officielle.
Fin du premier acte.

Voilà donc le garage maintenant aux couleurs de François et de Valérie. Elle a fait repeindre la façade, pourtant récente, et changé le mobilier, jadis choisi par Ségolène.
Mais les temps sont difficiles, la crise est là et frappe durement le secteur automobile. Les clients se font plus rares. Ceux qui sont fidèles n’aiment guère les manières hautaines et distantes de la « première dame » du garage.
Et voilà que des rumeurs naissent sournoisement dans l’atelier, se faufilent dans la rue, atteignent le bourg…
On chuchote de discrètes mais tendres relations entre François et Julie, la petite de la Poste, celle qui joue merveilleusement la majorette lors des fêtes du village.
Valérie tient si bien en mains son François qu’elle néglige avec hauteur ces bruits stupides. D’ailleurs « son » François nie tout en bloc et la rassure.
Et la vie continue au garage.
Deux années passent, tranquilles et laborieuses.
Mais un lundi matin d’avril, des photos circulent dans l’atelier ;  le midi, au déjeuner, elles gagnent  le bourg, le presbytère, la mairie et bien sûr la Poste. On y voit François, casqué, chevauchant à la nuit tombée son scooter blanc, au pied du domicile de Julie. Le doute n’est plus permis, François trompe Valérie avec Julie, comme il trompait Ségolène avec Valérie…et comme il trompera Julie avec d’autres… comme le susurrent les langues les plus perfides.
Au garage, à l’atelier, au secrétariat, on cause, on ricane. A la maison chez François et Valérie l’heure des comptes est arrivée. Les voisins remarquent que les lumières restent bien tardivement allumées ce soir là chez les patrons du garage. Ceux qui tendent l’oreille croient percevoir des éclats de voix.
Le lendemain matin, l’affaire est entendue, François, droit dans ses bottes,  annonce à son personnel, réuni à la hâte dans le hall, qu’il a, à son initiative, mis fin à sa vie commune avec Valérie. Celle-ci n’est d’ailleurs plus là.
On apprendra plus tard que, et pour cause, elle était à l’hôpital, au bord de la mort, ayant tenté  de noyer son cauchemar par une dose incroyable de somnifères.
Fin du deuxième acte

La vie reprend au garage, sans Ségolène, sans Valérie, et sans Julie non plus d’ailleurs. François assure maintenant seul  la direction, avec son nouveau chef d’atelier, Manuel, un immigré catalan, excellent mécanicien et bon meneur d’équipe.
Les affaires ne sont pas vraiment florissantes et malgré les efforts de Manuel, l’entreprise connait de mauvais jours. La cote du garage est au plus bas. François est morose.
C’est le moment choisi par Valérie pour un  « retour » en scène en forme de règlement de compte.
Nous sommes au troisième acte…
Valérie publie à compte d’auteure et diffuse dans le village un petit ouvrage vengeur et assassin qu’elle intitule « Merci pour l’entretien ». Elle y croque un François, balourd et indécis, incapable –sans elle- de décision, à peine racheté par quelques brins d’humour, d’ailleurs souvent de fort mauvais goût.
On s’arrache le livre, on y apprend que François déteste ses clients qu’il appelle les « sans plomb » (dans la tête). On se délecte des secrets d’alcôve de François et Valérie,  du poignant récit de la nuit où acculé par l’évidence, assis sur le lit, la tête entre les mains, il « avoue » à Valérie qui le presse, ses amours coupables avec Julie.
Au village, malgré tout certains gardent la tête froide, les plus mesurés reprochent à Valérie ce déballage de turpitude. Tout ce scandale ne peut que nuire à l’image de la commune. Seul le bon mot sur les « sans plomb » continue à faire sourire.

Au garage, les clients se font encore plus rares, Valérie a juré la perte de François, le compte à rebours à commencé…