samedi 24 janvier 2015

"Je pars pour la Syrie"


« Je pars pour la Syrie », ces propos d’un agriculteur aveyronnais, adressés par téléphone à sa femme auraient été interceptés par la DGSI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur). La Gendarmerie locale interpelle sur la route le supposé candidat au Jihad, découvre dans sa camionnette un couteau Laguiole, une hachette, un fusil de chasse, des plombs, de l’engrais…
En réalité, le brave agriculteur avait dit à sa femme « Je pars pour la scierie ».

L’histoire rapportée par le journal « La Dèche du Midi », se répand très vite sur Twitter et est reprise par des quotidiens.
Sauf que tout simplement l’histoire est fausse, elle ne relève ni de la paranoïa, ni de l’intox, ni de la désinformation, mais simplement d'un excellent humour journalistique.

On aimerait que ce genre d'humour puisse régler, une bonne fois pour toutes, les rumeurs bien plus pernicieuses qui circulent sur le net, à destination de lecteurs fragiles et qui souvent en redemandent.

C’est faire beaucoup d’honneur à Thierry Meyssan que de citer sa paranoïa conspirationniste, mais c’est vrai qu’il a très vite (trop vite ?) contesté le rôle des islamistes dans la tuerie de Charlie Hebdo (cf. l’article « Qui a commandité l’attentat contre Charlie Hebdo ? »), concluant son article par « ses commanditaires les plus probables sont à Washington. ».

Concernant les fausses rumeurs sur le web, citons cet article du journal 20minutes  « VIDEO. Attaque à «Charlie Hebdo»: Les fausses informations envahissent le web » http://www.20minutes.fr/societe/1513339-20150109-video-attaque-charlie-hebdo-fausses-informations-envahissent-web

 Un bon antidote à la désinformation.

mardi 20 janvier 2015

La liberté d'expression sous tirs croisés

Museler le droit d’expression est un échec total de la raison. Il traduit l’incapacité de débattre et de convaincre. Il oppose totalitarisme, ignorance, barbarie …  à l’intelligence, à la démocratie, à la liberté.
Deux méthodes prédominent dans la panoplie du petit totalitaire :
-          La plus radicale et la plus violente est celle de la kalachnikov : tuer pour faire taire. C’est ce qu’ont tenté les terroristes dans l’attaque sauvage et démente de Charlie Hebdo et l’exécution froide d’une grande partie de l’équipe. « Tenté » et non « réussi » car s’ils ont tué, ils n’ont pas fait taire…
-          L’autre, propre sur elle, non sanglante, mais plus insidieuse et sans doute bien plus efficace est la tétanisation de l’individu par sa culpabilisation.  En la matière, certains intellectuels, des journalistes, des hommes politiques jouent avec complaisance et  en toute conscience, le rôle d’  « idiots utiles ». Une poignée de chercheurs en ont même fait leur fond de commerce médiatique.
Des journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo sont morts sous les balles de barbares, mais ils revivent dans les esprits et leur combat ne peut dorénavant que s’amplifier. C’est le pire des échecs pour les tueurs. Ils ont crié « nous avons tué Charlie Hebdo ». Charlie Hebdo revit.
Les victimes de la tétanisation des esprits auront bien plus de mal à s’en guérir. Quand de doctes esprits nous affirment que l’attentat contre Charlie Hebdo n’a rien à voir avec l’Islam ! Ce qui est bien évidemment faux, mais il est vrai que politiquement, c’est « indicible ».
« Indicible », voilà le mot qui traduit bien l’interdit de dire. Paradoxalement, si l’expression s’est libérée dans les proportions les plus sauvages sur internet, elle s’est progressivement muselée dans les sphères médiatiques et politiques. La régression est totale, appuyée parfois sur un arsenal législatif qui condamne tout « dérapage » par rapport à la « bien pensance ».
 « Stigmatisation », « islamophobie », « dérapage », « repentance »,   sont les maîtres mots de ce muselage de l’expression. Ils sont nouveaux et à la mode ; on aurait peine à en trouver dans les discours et débats du siècle dernier. Bien que visant pour une grande partie à prétendre protéger l’islam, ils ont curieusement un vieux relent de christianisme, où le « péché » (celui de dire quelque chose qui est mal) peut dériver sur l’inquisition,  avec l’alibi hypocrite de la bien pensance.
La « culpabilisation », souvent appuyée sur des rappels obsessionnels au passé  (esclavage, colonialisme..) est sans doute l’arme la plus redoutable, dans une société fortement marquée par son passé judéo-chrétien.
Face aux nouveaux « inquisiteurs », il faut refuser le piège et rejeter, dans leur galimatias accusatoire,  les propos qui n’ont d’autre but que de tétaniser l’esprit critique.

Les kalachnikovs n’ont pas tué Charlie Hebdo, la néo-inquisition de la bien pensance ne tuera pas l’expression libre.

dimanche 11 janvier 2015

Charlie Hebdo et l'Islam

Les musulmans sont-ils concernés par les attentats et crimes commis au nom de leur dieu Allah et de son prophète Mouhamad ?
Les références systématiques à la religion musulmane et au Coran, l’invocation à Allah et au  Prophète émises par ces fanatiques fondamentalistes, interpelle les musulmans.
Les tueurs de Charlie Hebdo ne s’en sont pris que « par ricochet » à la liberté d’expression. Leur but était avant tout de « venger le prophète » (ce qu’ils ont crié d’ailleurs). On est à l’évidence dans une justification « religieuse ». Même perverti, le fait est religieux.
En ce sens l’acte ne peut qu’interpeller tout croyant de quelque religion qu’il soit. Bien sûr les musulmans ne peuvent que se sentir concernés en premier, puisque c’est de cette communauté que sont issus et que se revendiquent les tueurs.
On pourrait ignorer une marginalité infime, des actions isolées, œuvre d’une poignée de fanatiques qui ne représentent rien.
Ca n’est absolument pas le cas. Le mouvement fondamentaliste violent mobilise massivement dans le monde et pas simplement dans les pays musulmans. Certains mouvements sont même en situation de conquérir le pouvoir ou du moins tiennent déjà de larges portions de territoire à travers le monde, en Syrie et en Irak, en Afghanistan,  au Yemen, au Pakistan, au Soudan, en Algérie, en Lybie, au Mali, au Nigéria…
Même s’il est politiquement incorrect de le dire, ces mouvements recueillent une  sympathie parfois non dissimulée chez certains jeunes issus de l’émigration maghrébine ou d’une récente conversion à l’islam. Il suffit de voir les témoignages de professeurs confrontés à des élèves qui refusent que l’on parle de la Shoah, qui affichent leur sympathie pour les tueurs islamistes, qui refusent la minute de silence nationale… et  à la marge signent des tweets « je suis Kaouchi ».
Le frère du policier Ahmed Merabet, tué dans l’attaque de Charlie Hebdo, a ciblé sa mise en garde contre les racistes et le danger de l’amalgame et de l’islamophobie. Certes, et l’on comprend sa douleur et ses craintes, mais pourquoi n’a-t-il pas mis aussi en garde les familles musulmanes contre l’actuelle dérive djihadiste de quelques jeunes …Un danger d’une toute autre ampleur !
Les musulmans constituent une communauté mondiale (Oumma). Qu’elle le veuille ou non, cette communauté est impactée. Il est impossible de se voiler la face.
Les musulmans signataires du mouvement « not in my name », l’ont fort intelligemment compris, écoeurés de voir la religion qu’ils pratiquent et qu’ils veulent pacifiste, instrumentalisée à des fins criminelles.
Notons aussi cette déclaration d’un élu musulman d’Angers, après l’attentat contre Charlie Hebdo "Les auteurs sont bien des gens issus de chez nous. Dès lors, nous devons nous interroger et nous poser les bonnes questions."
Comment des responsables français, des médias ou de la politique peuvent-ils en revanche nier tout lien entre les actions terroristes islamiques et l’Islam ? sauf à pratiquer la pire des politiques, celle de la « soumission » au politiquement correct et à une unité de façade.

Est-il légitime de demander des comptes aux musulmans à propos des dérives terroristes menées en leur nom ?
Le débat s’est ouvert récemment sur le sujet, certains assimilant à de l’islamophobie le questionnement des musulmans sur le problème du terrorisme islamique. A quoi faut-il alors assimiler le questionnement des français sur la traite des noirs effectués par une poignée de leurs lointains ancêtres sur les ports de l’Atlantique.
Un questionnement est légitime, comme est légitime le questionnement des dérives d’autres religions (le Pape François l’a compris qui a enfin osé ouvrir le dossier de la pédophilie dans l’Eglise). Les catholiques ont matière à s’interroger sur l’horreur de l’Inquisition, la Saint-Barthélémy, l’extermination des indiens d’Amérique…
Evidemment il faut bien avoir conscience qu’un tel questionnement ouvre la boite de Pandore de biens d’autres interrogations : les rapports de l’islam (initial) et de la violence, la contradiction des versets pacifiques de La Mecque et les versets violents de Médine, le statut « intangible » du Coran, la non condamnation de l’apostasie, les rapports avec la démocratie, la conception d’un Islam moderne pacifique et respectueux de l’humour et de la critique .

Aider les musulmans dans ce sens relève plutôt de l’islamophilie. Et jetons une bonne fois pour toute aux poubelles de l’histoire ce concept fourre-tout et discriminant d’islamophobie qui refuse toute expression critique.

En définitive les musulmans auront beaucoup à gagner à se « poser les bonnes questions ».

samedi 10 janvier 2015

Les sans plomb


C’est un joli garage, en sortie du village, près de l’Intermarché. Ses bureaux clinquants neufs et son hall de travail attirent le regard. En bord de route, la file des voitures d’occasion alignées sur le parking, attendent le client.
François  y est chef d’atelier. On le dit « gentil », prévenant avec les clients, souple avec les employés, bref un profil lisse, sans histoire.
Sa compagne Ségolène y est secrétaire comptable et même un peu plus … car on dit qu’en réalité, cette maîtresse femme à belle allure est la véritable patronne du garage. Et c’est vrai qu’elle se donne avec bravitude à son travail, tout en gérant, matin et soir à la maison, les 4 enfants qu’elle tient de François.
Ce qu’elle ignore, Ségolène, elle qui ne rêve que de mariage, c’est que son François a dans la tête des projets où elle n’a aucunement sa place.
Depuis quelques mois, François n’a d’yeux que pour Valérie, la pimpante attachée commerciale, recrutée comme stagiaire au garage, puis récemment titularisée … sur proposition de François, un bon CDI dans la poche.
Ils se voient en cachette. Dans les nids d’amour de l’arrière-garage, alors que Ségolène est déjà à la maison, prépare le repas et s’occupe des enfants, ils construisent leur projet à tous les deux. Il sera le patron du garage et elle sa compagne. Valérie, silencieuse, imagine bien une légère variante, il sera le propriétaire et elle sera la « directrice ».
Quand vient l’annonce du départ à la retraite du patron et son retrait des affaires, les choses se précipitent, François reprend l’affaire, et, violentant pour une fois sa nature indécise, il signifie froidement à Ségolène que le temps de la rupture est arrivé.  
Valérie est intronisée compagne officielle.
Fin du premier acte.

Voilà donc le garage maintenant aux couleurs de François et de Valérie. Elle a fait repeindre la façade, pourtant récente, et changé le mobilier, jadis choisi par Ségolène.
Mais les temps sont difficiles, la crise est là et frappe durement le secteur automobile. Les clients se font plus rares. Ceux qui sont fidèles n’aiment guère les manières hautaines et distantes de la « première dame » du garage.
Et voilà que des rumeurs naissent sournoisement dans l’atelier, se faufilent dans la rue, atteignent le bourg…
On chuchote de discrètes mais tendres relations entre François et Julie, la petite de la Poste, celle qui joue merveilleusement la majorette lors des fêtes du village.
Valérie tient si bien en mains son François qu’elle néglige avec hauteur ces bruits stupides. D’ailleurs « son » François nie tout en bloc et la rassure.
Et la vie continue au garage.
Deux années passent, tranquilles et laborieuses.
Mais un lundi matin d’avril, des photos circulent dans l’atelier ;  le midi, au déjeuner, elles gagnent  le bourg, le presbytère, la mairie et bien sûr la Poste. On y voit François, casqué, chevauchant à la nuit tombée son scooter blanc, au pied du domicile de Julie. Le doute n’est plus permis, François trompe Valérie avec Julie, comme il trompait Ségolène avec Valérie…et comme il trompera Julie avec d’autres… comme le susurrent les langues les plus perfides.
Au garage, à l’atelier, au secrétariat, on cause, on ricane. A la maison chez François et Valérie l’heure des comptes est arrivée. Les voisins remarquent que les lumières restent bien tardivement allumées ce soir là chez les patrons du garage. Ceux qui tendent l’oreille croient percevoir des éclats de voix.
Le lendemain matin, l’affaire est entendue, François, droit dans ses bottes,  annonce à son personnel, réuni à la hâte dans le hall, qu’il a, à son initiative, mis fin à sa vie commune avec Valérie. Celle-ci n’est d’ailleurs plus là.
On apprendra plus tard que, et pour cause, elle était à l’hôpital, au bord de la mort, ayant tenté  de noyer son cauchemar par une dose incroyable de somnifères.
Fin du deuxième acte

La vie reprend au garage, sans Ségolène, sans Valérie, et sans Julie non plus d’ailleurs. François assure maintenant seul  la direction, avec son nouveau chef d’atelier, Manuel, un immigré catalan, excellent mécanicien et bon meneur d’équipe.
Les affaires ne sont pas vraiment florissantes et malgré les efforts de Manuel, l’entreprise connait de mauvais jours. La cote du garage est au plus bas. François est morose.
C’est le moment choisi par Valérie pour un  « retour » en scène en forme de règlement de compte.
Nous sommes au troisième acte…
Valérie publie à compte d’auteure et diffuse dans le village un petit ouvrage vengeur et assassin qu’elle intitule « Merci pour l’entretien ». Elle y croque un François, balourd et indécis, incapable –sans elle- de décision, à peine racheté par quelques brins d’humour, d’ailleurs souvent de fort mauvais goût.
On s’arrache le livre, on y apprend que François déteste ses clients qu’il appelle les « sans plomb » (dans la tête). On se délecte des secrets d’alcôve de François et Valérie,  du poignant récit de la nuit où acculé par l’évidence, assis sur le lit, la tête entre les mains, il « avoue » à Valérie qui le presse, ses amours coupables avec Julie.
Au village, malgré tout certains gardent la tête froide, les plus mesurés reprochent à Valérie ce déballage de turpitude. Tout ce scandale ne peut que nuire à l’image de la commune. Seul le bon mot sur les « sans plomb » continue à faire sourire.

Au garage, les clients se font encore plus rares, Valérie a juré la perte de François, le compte à rebours à commencé…