dimanche 21 juin 2015

"Islamophobie" : refuser le terrorisme intellectuel de l'islamofolie

Qu’on le veuille ou non, nous sommes entrés depuis une vingtaine d’années dans un conflit avec un terrorisme fondamentaliste, ou plutôt ce terrorisme est venu nous frapper de plein fouet.
Non pas un « conflit des civilisations » comme l’entend Samuel Huntington (essai paru en 1996), mais à tout le moins, un affrontement entre deux visions de l’organisation de la société, du droit de la femme, du libre arbitre de l’individu. L’exemple de l’organisation sociale sous le régime des talibans en Afghanistan ou celle qui prévaut actuellement en Syrie et en Irak, dans les territoires occupés par l’Etat Islamique, se passe de commentaires. Sommes-nous prêts à basculer dans un monde où la crucifixion, la décapitation des mal pensants, le mariage forcé des fillettes, la vente des femmes sur les marchés publics, l’interdiction de la musique, sont le lot de tous les jours. Et qu’on ne nous dise pas que ce sont des fantasmes, que cela n’est que l’œuvre d’une poignée de fous, que nous sommes loin de tout ça. Une poignée ?… qui s’impose en Syrie et en Irak, en Afghanistan,  au Yémen, au Pakistan, en Libye, au Mali, au Soudan, au Nigéria…Loin de nous ?  Loin de nous, l’attaque de Charlie Hebdo, en plein cœur de Paris ?
Bien sûr beaucoup en ont conscience, en France, en Europe, dans le Monde. Mais le dire et surtout s’interroger sur le rapport avec l’islam – et pire encore si l’on est soi-même musulman -  vous vaut à l’instant l’accusation infamante d’ « islamophobie ». Beaucoup de politiques, élections obligent, y renoncent, la tête basse.
C'est ce que notent quelques (rares) observateurs lucides qui, à l'instar de Thibault de Montbrial, dénoncent "la très habile utilisation du concept intimidant d'islamophobie par tous ceux qui souhaitent interdire un débat sur les conditions de l'intégration de l'Islam en France".

Il convient d’en rester au « religieusement correct » et ne pas « chatouiller la fatwa » comme l’a dit un jour le chercheur du CNRS Olivier Roy, dans une interview à Libération. Il y minimisait alors les actes terroristes : « S'il y a bien un risque sécuritaire, il reste limité et se réduit à un problème de police. », enchainant « On voit au contraire se multiplier des attaques polémiques contre l'islam souvent ignorantes et qui frisent parfois l'imbécillité. Certains jouent délibérément à chatouiller la fatwa. La provocation est certes une vieille tradition française depuis les anars jusqu'aux situationnistes en passant par les surréalistes ; mais il ne faut pas ensuite s'étonner des réactions qu'elles peuvent déchaîner... »
On a compris que le danger majeur pour Olivier Roy c’était l’islamophobie et non la vague fondamentaliste terroriste. Mais il est vrai que l’interview date de 2006 et on pourrait raisonnablement penser qu'il a fait depuis son auto-critique !

Que des jeunes français fanatisés par des fondamentalistes via internet se retrouvent en Syrie en position d’égorgeurs…à qui la faute ? Une chercheuse du CNRS d’Aix en Provence, spécialiste du monde arabo-musulman explique : «Ils le font par désespoir, pour être quelqu'un, se construire un avenir là où il n'y en a pas, ou, tout au moins, là où ils ne parviennent plus à s'en imaginer un. Plutôt que de stigmatiser ces adolescents, il faut leur donner confiance en eux, dans une école bienveillante, qui ne se braque pas contre son environnement, son quartier. » (citée par Jean-Paul BRIGHELLI « La défaite de la laïcité »)

Ce discours de culpabilisation de la part des "islamofols" est d’une gravité extrême car il légitime la révolte. Quand on ressasse à des populations immigrées en perte de repères que tout le mal vient des « souchiens » (selon l’expression des Indigènes de la république pour qualifier les français de lointaine origine), des affreux colonialistes et racistes qui ont exploité leurs pères, qu’eux-mêmes n’ont aucun avenir dans une société qui les rejette, on nourrit la haine et la révolte.
Ils sont mûrs alors pour puiser, dans une lecture littérale du Coran, un semblant de justifications à la nécessaire violence contre les « mécréants »
 « La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés… Sourate 5, verset 33

«  Donc, si tu les maîtrises à la guerre (les infidèles), inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux soient effarouchés. Afin qu’ils se souviennent » Sourate 7 verset 57

Qu’il y ait des cas de racismes envers des populations immigrées, c’est évidemment à déplorer, que le déracinement de familles soit un drame, ça n’est pas niable, qu’existe parfois, dans certaines sphères, un vieux fond de racisme anti-arabe (à ne pas confondre avec anti-musulman !), c’est malheureusement un constat ; mais de grâce qu’on tienne au moins parfois un discours de responsabilité et de véritable intégration. Que l’on puisse également aborder en toute sérénité un débat sur la lapidation, l’apostasie, l’interdiction religieuse pour les femmes musulmanes d’épouser un non musulman, l’égalité des sexes… pour ne pas  évoquer l’enfermement de la femme dans le port du niqab, un vêtement- grillage qui  n’a même pas de fondement religieux, mais qui joue parfaitement son rôle de drapeau !

« L’islamophobie, cheval de Troie des salafistes »
Le constat est de Manuel Valls lui-même.  Empêcher toute expression critique, stigmatiser toute interrogation sur l’Islam en hurlant à l’  « islamophobie » et ainsi légitimer les extrémistes radicaux, c’est évidemment le but des fondamentalistes
Faut-il pour autant que certaines « bonnes âmes » au mieux naïves, au pire sciemment complices, leur facilitent la tâche ?
S’il y a bien en France un « Observatoire de l’islamophobie », un Observatoire des atteintes aux chrétiens d’Orient (ou d’Afrique), aurait, sans doute hélas, la tache bien plus lourde. 

Le concept d’islamophobie semble taillé sur mesure pour interdire toute critique de l’islam, conférant ainsi un statut particulier, hors du commun, à une entité, une « espèce protégée » en quelque sorte.
Cette conception d’ « espèce protégée » (de toute critique) n’est pas nouvelle.
On  relira ce qu’en disait Beaumarchais…il y a plus de 200 ans !  « … auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé … de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime Porte [les Turcs], la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : « chiens de chrétiens » ! Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. […] Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours […] je lui dirais … que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits…. » (Beaumarchais « le Mariage du Figaro » Acte V, scène 3 – 1778-)
L’islamophobie, invoquée à tort et à travers, amalgame « actes violents » (condamnables évidemment) et déclarations, écrits, caricatures qui bien souvent relèvent de simples polémiques, fussent-elles grinçantes (de Robert Redeker à Charlie Hebdo, en passant par Michel Houellebecq et bien quelques autres…) On trouve pire à l’encontre des français (racistes, colonialistes, xénophobes…), des « sionistes »,  des américains…
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ; il faut savoir appeler un chat un chat et non tout confondre dans la nébuleuse « islamophobie ».
Que  l’on parle d’ « actes violents » à l’encontre de la religion musulmane (tags sur les murs, cimetières profanés, incendies,…), d’agressions physiques, d’écrits ou propos injurieux, ou d’appels explicites à la violence, oui, évidemment ; mais ne rentrent pas dans ces catégories, les critiques contre l’Islam en tant que religion ou en tant que norme de vie, ni les caricatures de comportement.

En pratiquant l’amalgame, le concept d’islamophobie perd de sa légitimité. Sans doute, un jour, épuisé, éculé, inefficace, ira –t-il rejoindre ce vieux concept d’ «anti-communisme primaire » qui a eu son heure de gloire, à cette époque où toute critique du « communisme » était vouée aux gémonies.

Que l’on se souvienne de l’excuse de Jean-Paul Sartre, se refusant à toute critique du communisme « pour ne pas désespérer Billancourt » ! L’historien Emmanuel Todd nous ressort sans complexe exactement la même rengaine « L’Islam est devenu le support des immigrés de banlieue dépourvus de travail. Blasphémer l’Islam, c’est humilier les faibles de la société que sont ces immigrants ». On l’a compris il ne faut pas désespérer le 93. En notant au passage qu’assimiler musulmans à immigrés de banlieue, c’est oublié un peu vite, leurs richissimes « frères » du Golfe …Et quel mépris pour ces musulmans de banlieue, sensés rester enfermés dans le carcan pseudo-religieux le plus extrémiste et le plus éloigné des « Lumières ».

En définitive, ne soyons pas dupés par les incantations fumeuses destinées avant tout à museler l’expression libre. Apprenons à distinguer la dénonciation justifiée de violences racistes à  l’encontre d’individus et le muselage grossier de toute critique à l’encontre d’une religion. En fait le piège est si grossier qu’il se décèle à l’évidence…pour peu que l’on dispose d’un brin de raison et d’esprit critique.
Mieux vaut garder sa vigilance à l’encontre des actes réels de violence à l’égard de toute communauté, sans privilège particulier.